Mes propres contradictions, mes conflits personnels et mes toujours temporaires réconciliations avec l’autre anime une dialectique dynamique, c’est-à-dire que se met à l’œuvre un processus de transformation, un développement de mon expérience du monde et de moi-même d’ailleurs alors que je tente de résoudre et de dépasser ces contradictions ou ces oppositions.
Nous sommes tous en présence de forces opposées, en nous principalement, dont l’affrontement nous permet d’évoluer vers cet autre que nous sommes, mais encore dissimulé sous les multiples voiles de notre éducation, de notre culture, de notre obéissance à des normes que nous n’avons point décidées et qui sont autant de préjugés.
Rien ne saurait se figer, tout est mouvement. C’est ainsi que lorsque nous élaborons un personnage, que nous le confrontons à l’espace et au temps d’un univers fictionnel dans lequel lui et d’autres personnages se meuvent à travers leurs relations, de nouvelles perspectives narratives s’ouvrent pour l’autrice et l’auteur et pour le personnage, une approche psychologique qui permet au lecteur/spectateur de reconnaître des traits de son propre caractère ou de sa propre expérience du monde, des émotions aussi et certes, il peut partager avec le personnage d’autres similitudes.
Justine Triet avec Anatomie d’une chute (2023) m’aidera à vous expliciter davantage mon propos. C’est le récit d’une relation : celle de Sandra et Samuel. Note bien, lecteur/spectateur, qu’un personnage, même seul sur scène ou dans une scène est toujours en relation avec ce qui l’environne : les objets, l’arrière-plan et même le contexte dans lequel il se trouve.
D’emblée, un personnage se définit par l’impression qu’il nous laisse en tant que lecteur/spectateur. Ainsi de Sandra dont la présence incarne pour nous une réussite, un accomplissement artistique et social. Rapidement, nous comprenons que Samuel se sent frustré de ce succès non par jalousie, mais parce qu’il est incapable de s’élever au niveau de Sandra, d’où naît alors la contradiction d’exister pleinement auprès d’elle.
L’être, l’existence de cette relation est bien cette force que produit l’opposition de leurs personnalités respectives. On pourrait croire que cette relation est forcément destructrice. Ce serait une erreur, car cette énergie est nécessaire pour que chacun des personnages embrasse sa destinée, qu’il ne soit pas fixé dans la relation, mais que, par celle-ci, il accepte ses limites et ses désirs et surtout, qu’il ne s’en contente pas. L’énergie conflictuelle est révélatrice de ce que je suis.