CONTRAINTES SOCIALES & PSYCHOLOGIQUES

5
(1)

Les inégalités parce qu’elles nous imposent une hiérarchie sont la raison d’espaces contraignants à utiliser dans nos scénarios. Ainsi, si le lieu de l’action décrit une relation entre maîtres et esclaves, chacune de ces classes sociales occupent jalousement un périmètre et ces différents espaces sont totalement imperméables.
Les esclaves n’offusquent point le regard des maîtres qui peuplent de leur pouvoir et de leurs décisions des espaces spacieux et lumineux : tout est dans le contraste, et c’est bien celui-ci qui donne cet aspect dramatique de ce que l’autrice et l’auteur nous donnent à voir et à entendre.

Qu’un personnage ait la témérité de franchir un espace étranger à sa condition, cela sera ressenti comme une transgression. Il s’agit de défier la norme. Déplaçons-nous un instant au Royaume-Uni avec Moi, Daniel Blake (2016) de Ken Loach. Daniel, menuisier de son état, souffre d’un problème cardiaque qui lui coupe tous ses revenus. Il demande une aide sociale et le voilà errant dans un dédale administratif aberrant qui finira de le détruire.
La démonstration ici est de dénoncer les injustices envers les individus en situation de précarité et comme il est difficile d’obtenir pourtant ce à quoi on a droit. Un autre exemple est 120 battements par minute (2017) de Robin Campillo. C’est de l’indifférence générale face à l’épidémie de sida que ce récit dénonce. Vous le constatez, les inégalités et les injustices mènent à la dénonciation et ces récits terribles et poignants insistent sur les droits de tout individu quelle que soit sa condition actuelle.

L’espace scénique n’est pas un arrière-plan passif. Il incarne une réalité sociale ; il est la source des situations conflictuelles et surtout, il dénonce les cloisonnements sociaux responsables d’injustices concrètes, presque quotidiennes. Il nous donne à voir les contraintes, les interdits, les limites d’une hiérarchie dans nos sociétés actuelles ou passées et peut-être bien futures si une remise en question prêchée par ces récits ne s’entend pas.

Un enfermement

Roman Polanski dans Le Locataire (1976) utilise l’espace pour construire son récit sur l’approche psychologique de son héros. Polanski joue avec la configuration du lieu pour le faire participer à l’enfermement mental et physique de Trelkovsky. L’espace scénique ainsi configuré nous permet, en tant que lecteur/spectateur, de ressentir la lente dégradation du personnage à travers ses hallucinations et sa paranoïa.
La demeure, habituellement un lieu dans lequel nous nous sentons protégés du monde extérieur et qui reste néanmoins une ouverture vers celui-ci (car il faut bien que nous exprimions notre liberté) devient ici une limite qui enferme et mène à la claustrophobie.

Admettons-le ou ne le nions pas, mais l’angoisse est une compagne fidèle de nos existences. L’espace scénique devient ainsi un lieu qu’elle inonde de figures menaçantes : elle ne montre pas, mais l’absence (les voisins que l’on devine à travers les murs, le moindre bruit sans source claire) rend palpable la psychose de Trelkovsky entre réalité et illusion.

Privé de liberté, notre souffle vital ne bat plus et l’appartement de Trelkovsky, lieu de son enfermement, est aussi Trelkovsky lui-même, portant déjà en son être sa destruction.

Comment avez-vous trouvé cet article ?

Cliquez sur une étoile

Average rating 5 / 5. Vote count: 1

No votes so far! Be the first to rate this post.

Cet article vous a déplu ?

Dites-nous pourquoi ou partagez votre point de vue sur le forum. Merci

Le forum vous est ouvert pour toutes discussions à propos de cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

HTML Snippets Powered By : XYZScripts.com