UNE SCÈNE AUTONOME

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Et si nous considérions la scène comme une entité autonome ? Qu’est-ce à dire ? C’est qu’elle possède (et posséder, c’est garder jalousement) sa propre structure. Son organisation se moque de l’attente ou de l’interprétation possible du lecteur/spectateur. Si nous nous souvenons d’Aristote, c’est bien au niveau de la scène qu’une unité de lieu, de temps et d’action est à l’œuvre. Elle est donc une unité narrative qui s’insère, d’ailleurs, souvent dans une séquence qui est, elle aussi, totalement autonome.

Et la cohérence ? Elle se situe dans l’assemblage quand, globalement, nous nous souvenons de tout ce qu’il s’est passé. À son niveau, entre ses limites, la scène aussi est cohérente. Elle n’est pas simplement un morceau de texte qui plaît à l’auteur ou à l’autrice, une mise en situation qu’ils jugeraient pertinentes (à tort ou à raison, d’ailleurs), si nous la construisons, c’est pour qu’elle s’intègre à cet assemblage final.

Pour être nécessaire, elle doit se suffire à elle-même, être faite d’une matière qui lui appartient en propre, et cette inhérence justifie sa présence dans le tout. Permettez-moi cette scène : une femme émotivement blessée appelle à son secours un autre personnage qui gardait envers elle une distance respectueuse parce qu’elle est dotée d’une autorité par exemple.

Puis par un banal incident, ces deux êtres se rapprochent. Cet incident a une intention : il rompt la distance. Alors la femme se rapproche davantage de l’autre, mais craintive toujours d’être rejetée. Elle cherche les lèvres de l’autre qui répond à sa détresse. Ce sera le début d’une passion amoureuse comme intrigue secondaire.

Donc à défaut d’intention, une scène aura au moins une fonction qui la fait participer au tout. Elle ne sera ni redondance, ni une vague continuité avec ce qui la précède ou ce qui la suit. Est-ce que le lecteur/spectateur, en interprétant ce qu’il voit, entend et ressent devant la scène, est capable d’en modifier la logique ? Non, l’autrice et l’auteur ont construit cette scène et bien qu’il s’adresse à cet interlocuteur qu’est le lecteur/spectateur, celui-ci est libre de son ressenti et cela ne concerne que lui.
Bien-sûr, son regard est important car ce qui importe, c’est ce qu’il perçoit immédiatement et non ce qu’il croit comprendre après réflexion. Puisque quand je conçois une scène, je ne cherche pas à ce qu’elle soit autre chose que ce que ma plume dessine sur le papier.

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