Une exposition est comme une conversation où l’interlocuteur vous tient accroché à son discours. Pour qu’on puisse être maintenu, nous avons juste besoin des informations nécessaires à un moment particulier du discours. En effet, à quoi sert une information qu’on n’a pas besoin de savoir ?
Donc une information
Conter une histoire, c’est décider comment et quand donner une information. C’est dans cet acte de dire l’information que se crée l’exposition.
Traditionnellement, une question dramatique est posée. Prenons l’exemple d’un mystère : nous voulons connaître Who done it? – qui est le coupable ? Que s’est-il vraiment passé ? Nous avons passé en tant que lectrice et lecteur du temps à observer l’intrigue s’épaissir ; la tension dramatique monte au fur et à mesure que nous nous débattons avec des hypothèses et des spéculations sur l’identité du méchant de l’histoire.
Ce n’est que justice que l’on nous explique ce qu’il s’est passé que ce soit par des dialogues ou des analepses (puisque ce qu’il s’est passé est au participe passé). Ainsi, ce qui est nécessaire pour l’autrice et l’auteur est de faire en sorte de poser une question dramatique.
Pourtant, quelques informations doivent être fournies sans qu’une question dramatique n’est déjà été posée. De quoi parle cette histoire ? Où commence t’elle ? Ces questions qui ne sont point dramatiques sont utiles pour focaliser l’attention du lecteur/spectateur. Et comme la question dramatique est encore à venir, ces informations seront données dans la séquence d’ouverture ou juste avant dans le prologue.
Parce qu’ensuite, dès que l’action dramatique débute, le lecteur/spectateur veut connaître ce qu’il se passera ensuite. Il glisse du passé vers l’anticipation.
L’histoire et le récit
Il est utile de distinguer l’histoire qui contient ce qu’il s’est produit avant que le récit se lance, c’est-à-dire au présent. Et connaître ce qu’il s’est produit hors du récit est d’une importance capitale pour la compréhension de celui-ci. La problématique est donc de délivrer de l’information sans que celle-ci ne rompe la fluidité de l’intrigue. Celle-ci se caractérise en effet par un mouvement vers l’avant et raconter ce qu’il s’est passé autrefois (c’est-à-dire une analepse) a tendance a brisé cet élan au risque de décrocher le lecteur/spectateur du récit.
Ce qui fixe l’attention de la lectrice et du lecteur sur le récit, ce sont les situations conflictuelles. Une situation conflictuelle se constitue de personnages qui ont une intention et qui rencontre une opposition dans cette volonté qui est la leur. Les dialogues devraient susciter une réaction des personnages qui participent de la scène. Les mots prononcés recouvrent une action et les personnages manipulent l’information parce qu’ils ont un objectif précis en tête.
Prenons comme exemple une scène dans laquelle deux amies Sarah et Alex sont en train de déjeuner dans le restaurant de l’hôtel où elles ont passées la nuit.
SARAH
(nerveuse)
Alex, il y a quelque chose que je voulais te dire..
ALEX
(curieuse)
Qu’y a-t-il, Sarah ? Tu as l’air un peu sur les nerfs.
SARAH
(elle respire profondément)
Tu te souviens que j’ai dit que j’envisageais de
déménager à Rouen pour cette opportunité de travail ?
ALEX
(inquiète)
Oui, je m’en souviens. Tu étais enthousiaste
à ce sujet. Qu’est-ce qui a changé ?
SARAH
(en hésitant)
Je n’ai pas accepté le poste, Alex. Je l’ai refusé.
ALEX
(marquant la surprise)
Tu as refusé ? Pourquoi ? Je pensais que
c’était le travail de tes rêves.
SARAH
(se sentant coupable)
Je sais, mais… J’ai réalisé que je ne pouvais pas
laisser ma famille derrière moi. Ils ont besoin de moi ici,
surtout avec tout ce qui se passe avec la santé de ma mère.
ALEX
(prise par l’émotion)
Sarah, je n’en avais aucune idée.
Je suis vraiment désolée pour ta mère.
Tu as fait le bon choix, bien sûr. La famille passe avant tout.
SARAH
(les yeux embués)
Merci, Alex. J’avais besoin de te le dire.
J’avais peur que tu sois déçue par moi.
ALEX
(compatissante)
Déçu ? Pas du tout ! Je suis fier
que tu sois là pour ta famille. Nous pourrons toujours
trouver une autre opportunité. Ta mère a besoin de toi,
et c’est ce qui compte vraiment.
Dans cette scène, le dialogue de Sarah sur le fait qu’elle a refusé l’offre d’emploi suscite toute une série de réactions de sa part et de celle d’Alex. Cela oscille entre la surprise, l’inquiétude et une réaction émotionnelle profonde de la part d’Alex, qui apprend la décision difficile que Sarah a dû prendre. Le dialogue sert à révéler la dynamique de leur caractère et les valeurs qui leur sont propres.
On peut considérer que la situation conflictuelle naît dans cette oscillation des états émotionnels des personnages. La confrontation s’établit du rapport entre les deux personnages à ce moment du récit. Sarah cherchait l’approbation d’Alex (c’est son intention) et la première réaction d’Alex (marquée par la surprise) fut de lui refuser.
Show don’t tell
Visuellement, l’information passe mieux. Par exemple, nous avons un tableau accroché à un mur qui représente une forêt et une silhouette comme écrasée par la majesté des arbres. Cette image est chargée symboliquement. Cependant, l’information peut passer inaperçue. Parce qu’elle n’est pas dans l’action.
Si, en revanche, nous avons une scène dans laquelle un personnage entre avec le tableau enveloppé dans du papier craft et l’offre à un autre personnage qui déchire le papier craft et découvre la représentation, le dialogue qui s’ensuit révélera bien mieux l’information qui constitue l’intention de l’autrice ou de l’auteur.
Merci de nous aider
RESUME DE LA FICHE PEDAGOGIQUE :
Toujours introduire backstory de manière indirecte, allusive et implicite => éviter de l’introduire de manière trop explicite (sauf si absolument nécessaire) car risque :
– de lourdeur d’exposition (ennui explicatif)
– de rupture de rythme
Techniques de substitution :
– Scène de conflit basée sur backstory
– Dialogue allusif à une backstory non précisée en détail
etc